Fight Club 2 :  La review qui tabasse

Fight Club 2 : La review qui tabasse

Fight Club est un film culte de David Fincher qui prône, derrière un cocktail explosif d’anarchie et de nihilisme, une notion hyper positive sur la vie à l’état brute qu’on a un peu oublié, loin dans les fondements capitalistiques de notre société d’hyper consommation. Fight Club est une oeuvre politique et fortement sociétale, que beaucoup ont jugé dangereuse dans ses idées (meh…), intégrée dans un scénario intelligent et diablement savoureux entre ses deux protagonistes : Le Narrateur (qui n’a aucun nom dans le récit, eh oui), et Tyler Durden, que nous retrouvons 17 ans après le film dans un comics sobrement intitulé Fight Club 2.

 

La première règle du Fight Club est : Il est INTERDIT de parler du Fight Club

Fight Club a résonné comme un étendard culturel progressiste pour toute une génération en manque de figures rebelles comme il y en eu jusqu’au début des années 90 dans la musique comme au cinéma. Mais Fight Club, c’est avant tout un roman écrit par Chuck Palahniuk trois ans avant le film du même nom. Différent de son adaptation ciné sur quelques points, Fight Club reste dans sa globalité une oeuvre qui n’a pas rencontré le succès escompté lors de sa sortie. Ce n’est que plus tard que le récit deviendra culte, notamment chez les ados refusant l’autorité parentale, à l’âge rebelle, ou l’âge con, au choix. Pour autant, Fight Club est loin d’être con, et si l’écriture de Palahniuk est plutôt simpliste dans la forme, contrairement à la réalisation ultra léchée de Fincher, l’oeuvre originelle tout comme son adaptation ont un pouvoir philosophique assez impressionnant. Je ne pense pas me tromper si je vous dit qu’on a tous kiffé la scène finale avec le bon gros « Where is my Mind » des Pixies en fond, je suis même persuadé que vous connaissez au moins cinq répliques du film par coeur, et c’est normal parce que Fight Club est iconique et tellement mortel.
Quand j’ai appris il y a un presque deux ans que Dark Horse projetait de diffuser la suite, je me suis senti un peu heurté dans mon âme de gros fan. Allaient-ils suivre le livre ou le film ? Parce que pour être franc, si le bouquin est bon, le film de Fincher est le vrai Fight Club pour ma part, et je n’en voyais pas la nécessité d’une suite, hormis pour surfer sur la notoriété du nom, même si le buzz du film est déjà très loin. Puis j’ai vu que Chuck était impliqué sur le projet, ce qui était un bon point. Et puis pour être sincère, Dark Horse n’est pas un petit éditeur non plus, même s’ils cautionnent de trop nombreuses mauvaises adaptations de films ou de jeux vidéo en comics… Bref, Fight Club 2 démarre sa diffusion épisodique aux USA il y a un tout petit peu plus d’un an, et sort ce mois-ci en France.

Chuck Palahniuk s’est chargé du scénar complet, et Cameron Stewart l’a mis en page avec de très jolis dessins. Dans un premier temps on essaye de reprendre nos marques. Parce que fondamentalement plus proche du roman (même s’il parvient souvent à caresser l’ADN du film), Fight Club 2 est assez difficile d’accès dans son premier chapitre. On a un peu de mal à y retrouver l’essence des personnages qu’on croyait connaitre par coeur. Cela est du aux neuf années qui séparent la destruction des tours (avec les Pixies, toussa) et le début du comics. Durant ce temps, on ne sait pas trop, mais le Narrateur – qui s’appelle désormais Sebastian – a fait de la taule, suit un psy, prend des médocs, mais surtout est marié à Marla… et ont un gosse. Wow, ça fait beaucoup d’un coup là ! On est loin, très très loin dans le délire.
Pour faire court, Sebastian tente d’avoir une vie normale, loin du Projet Chaos et de toute la merde qui a pu en découler. Sauf que Marla se fait chier avec lui, et veut retrouver la fougue et l’insouciance (et les parties de jambes en l’air) de Tyler Durden. Elle va discrètement remplacer les médicaments de son mari pour arrêter son traitement et faire revenir son alter ego… Tyler !

« Et brusquement, je me rend compte que tout ceci – le flingue, les bombes, la révolution – est lié d’une certaine manière à une femme du nom de Marla Singer. » Le Narrateur

La première règle du projet Chaos est : On ne pose pas de question !

Derrière ce pitch un peu what the fuck se cache un gros kiff de la part du scénariste de Fight Club. Autant être clair, ne vous attendez pas à une grosse critique de notre société, à des leçons de morale, à des punchlines de ouf et à un scénar sérieux comme l’ont été le livre et le film. Fight Club 2 est un énorme bonbon, une façon pour l’auteur de revenir aux sources de son succès pour mieux lui dire au revoir, mais également de parler du film, de ce qu’il aurait aimé y voir, et même de régler ses comptes avec certains spectateurs. Moins idéologique, cette suite peut sembler très light au demeurant, voire terriblement borderline sur la fin (et quelle fin !). Pour autant, l’ensemble demeure intelligent et savoureux. La mini-série surfe sur le phénomène Fight Club auprès de ses fans les plus fidèles tout en les taquinant d’avoir fait de cette oeuvre anticonformiste et anarchique quelque chose d’assez commercial et mainstream en finalité. L’auteur joue énormément sur l’autodérision et n’hésite pas à critiquer son oeuvre et ses idées, comme s’il avait grandit depuis l’écriture du livre et voyait les choses avec un oeil détaché et une maturité différente. Vous l’aurez compris, Fight Club 2 se veut à la fois subversif et terriblement autocritique, avec énormément d’humour et de références au récit d’origine. Ne vous détrompez pas, il y a un vrai scénario derrière tout ça, ainsi que de la violence et des thèmes forts voire fondamentaux. Ils restent malgré tout en arrière plan dans cette histoire et ne constituent pas le scellement de l’oeuvre. Palahniuk prend énormément de plaisir à faire revenir ses personnages, à modifier volontairement des éléments du premier Fight Club, et brise le 4e mur avec rage (Deadpool c’est de la rigolade à côté).

Au final, on prend un plaisir incommensurable à lire ce nouveau Fight Club, et plus on avance dans la BD plus on comprend la nécessité du choix de support. Cette histoire ne tiendrait nul part ailleurs qu’en comics, de par sa folie et son côté presque burlesque par moment (dans le bon sens du terme), ce récit n’aurait jamais eu un tel impact ni en livre ni au cinéma, et c’est encore une belle prouesse pour l’écrivain au nom imprononçable.

Vous allez rire et kiffer, voilà ce qu’il faut retenir de Fight Club 2. Si vous n’êtes pas fan du livre ni du film, passez clairement votre chemin. Si vous êtes fans hardcore et que vous ne supportez aucune digression dans les adaptations que vous aimez, fuyez également. Pour tous les autres, jetez-vous sur cette oeuvre profondément atypique, certes moins grandiose qu’un film de Fincher, mais tellement attendrissante. Ce n’est pas du fan service, c’est bien plus…

Review Fight Club 2

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