Batman V Superman : La vérité sur Martha

Batman V Superman : La vérité sur Martha

Batman V Superman fait couler beaucoup d’encre. Entre ceux qui ont détesté et ceux qui ont adoré, le débat fait rage. Malgré ses défauts, je pense que le film se fait détruire en grande partie pour de mauvaises raisons. Dix ans d’adaptations quasi-identiques de comics au cinéma ont-ils préformaté le spectateur à un sous genre de film d’action dénué de réflexion ?

De toutes les aberrations qu’on peut lire à propos de Batman V Superman, il en est une qui atteint les sommets cosmiques de la mauvaise foi chez les détracteurs du film, qui déforme totalement la réalité d’une scène riche en émotion chez ceux qui n’ont su la décrypter à sa juste valeur.

 Non, non et non ! Batman et Big S ne deviennent pas potes simplement parce que leurs mamans respectives portent le même prénom, c’est totalement ridicule et ça n’est pas du tout l’objet de leur entente. Zack Snyder n’est pas idiot au point de détruire son film sur ce genre de mauvaise écriture.

Martha Kent : La faiblesse de Superman

Malheureusement, la mauvaise interprétation de certains spectateurs rend ce moment idiot, et c’est bien dommage. Tentons d’y voir plus clair. Et pour cela, il me paraît primordial de revenir un temps sur Man Of Steel. Dès ce premier film, la maman joue un rôle presque capital. En effet, si le jeune Kal El est bercé à la naissance par la douceur de Lara, sa véritable mère kryptonienne, c’est bien auprès de la Kent Family qu’il apprendra réellement ce qu’est l’amour maternel, élément bel et bien repris des comics. 
Mais le film insiste et persiste sur le noyau familial à travers les divers flashbacks de Jonathan – Kevin Costner – Kent pour mieux apporter une notion d’affect Mère/fils lorsque papa est tragiquement emporté par une tornade. Un puissant lien unis désormais Martha et Clark, matérialisé par quelques scènes familiales dans le présent.

Lorsque Zod vient chercher le codex kryptonien à la ferme des Kent et qu’il brutalise Martha, Superman débarque en mode ultra vénère dans l’une des premières grosses scènes d’action du film, il attrape Zod et hurle « Je vous interdit de toucher à ma mère ! ». Superman pose ses bawls et menace Zod à travers cette phrase qui en faire sourire plus d’un, mais qui résonne pourtant comme un coup de tonnerre : on ne touche pas aux personnes chères à Clark, et encore moins sa mère. Zod a donc franchi la ligne rouge. Superman n’a, à ce moment précis, AUCUN point faible connu (la Kryptonite n’existe pas encore dans le DCEU). Etant invulnérable, son talon d’Achille est sa mère, puis Lois un peu plus tard dans le récit.
 Man of Steel nous montre déjà très bien l’importance capitale de Martha pour Clark. Zack Snyder nous avait pourtant prévenu que rien n’était là par hasard. Il a très bien compris l’importance de la famille, à travers Martha notamment, dans l’histoire de Superman. Et il ne comptait pas s’arrêter là…
La Vérité sur Martha 1

Martha Wayne : L’obsession de Batman

Trois ans plus tard, Batman V Superman Dawn of Justice débarque dans nos salles obscures et continue sur ce cheminement, portant de l’arc familial sur Bruce Wayne cette fois. 
Beaucoup ont trouvé la scène du meurtre des parents Wayne relou, parce qu’on la connait par coeur blablabla… sauf que deux choses : elle me parait nécessaire et indispensable dans toute nouvelle itération de Batman (car c’est son ADN), et puis n’oublions pas que chaque redite du drame de Crime Alley est tournée différemment et sert presque toujours le récit un peut plus tard, et c’est le cas dans BVS, de façon inédite qui plus est. 
Dans le film, Bruce n’a jamais été aussi perturbé par la mort. Personne ne me contredira si je dis que ce Bruce est le plus sombre et le plus torturé vu au cinéma. N’oublions pas une chose, c’est que le film laisse planer le mystère sur une grande partie de son background. On sait qu’il enfile ses collants depuis plus de 20 ans (ce qui laisse présager qu’il a combattu quasiment tous les méchants de son univers), qu’il a vécu la mort d’un Robin, que le manoir Wayne est en ruine… Si on analyse tout ça avec la vision du Bruce présenté à l’écran, on constate que le personnage a un lourd passé sur les épaules et qu’il a perdu tout espoir envers la vie. Cela est matérialisé par différentes choses dans le film : le personnage est encore plus seul que dans les anciens long-métrages, ses conquêtes n’ont pas de visage (la femme dans son lit est de dos, symboliquement, cela montre qu’il a perdu l’intérêt pour les gens, même ses conquêtes), il marque au fer rouge les criminels sachant les conséquences de cet acte (ils sont tabassés voire tués en prison), et reste totalement fixé sur la mort de ses parents là où tous les autres films évacuaient cette pathologie de suite après avoir combattu le premier gros vilain, qui par conséquent agissait comme une thérapie par le costume. Dans BVS, Batman ne guéri pas Bruce de son malaise, on a plus l’impression que la chauve souris le tire un peu plus vers le bas, comme le sous-entend Alfred. 


Et le film prend un malin plaisir à mettre le doigt dans la plaie afin de torturer un peu plus notre milliardaire préféré. Son obsession malsaine pour ses défunts parents n’a jamais été aussi forte.
Snyder a eu la très très bonne idée d’articuler le malheur de son personnage autour de sa mère… Martha Wayne. Soyons sincères deux minutes, qui avait déjà capté que les deux mamans portaient le même prénom ? Certains d’entre vous le savaient surement, mais c’est loin d’être le cas de tous les lecteurs, car aucun comics à ma connaissance ne se sert de cette géniale coïncidence (étrangement) et je remercie mille fois Snyder d’avoir eu l’intelligence d’exploiter ceci.

Batman voit en Kal El une grande menace pour la Terre. Cet état d’esprit à pu choquer certains spectateurs, car Bruce n’accepte pas la différence dans ce film, il ne comprend pas Superman et ne voit en lui qu’un dangereux alien. Bruce concentre toute l’injustice qu’il a intériorisé durant plus de 20 ans sur Superman. Ses yeux ne voient qu’un monstre qui a détruit Smallville et tué des innocents. A l’image de la petite fille qu’il sauve au début du film, devenue orpheline (encore une fois, la petite ne désigne que sa mère, vous sentez l’importance maternelle maintenant ?) suite à la bataille de Man Of Steel, Bruce perd de vue la réalité des choses et exulte sa frustration et son désir de vengeance maladif sur Superman alors que deux camps se divisent autour de ce dernier. Une partie de la population de voit comme un dieu, et l’autre comme une vraie menace, caractérisée par l’employé de Bruce qui se fait sauter au tribunal, non sans avoir au préalable acculé son boss sur le sujet. Tout ceci met Batman dans une réelle position d’antagoniste basé sur des pulsions plus que sur de la réflexion, son background l’a rendu brut de décoffrage et réactionnaire. Et c’est bien le but de Snyder, qui va faire évoluer son personnage tout au long du film et plus tard dans la Justice League. Sa rencontre avec Superman donc va tout changer.

BVS : La vérité sur Martha

« J’embrasse pas le premier soir »

En vérité : Dieu n’était qu’un homme…

« Remarquable dichotomie. De bien des façons, Clark est le plus humain d’entre nous. Et… il déchaine le feu et le ciel, c’est dur de na pas le considérer comme un dieu. Nous avons de la chance que ça ne lui vienne pas à l’idée. »
Batman dans SUPERMAN BATMAN Tome 1 – Urban Comics

Maintenant que nous avons bien revu l’importance des deux Martha pour les personnages, revenons au moment qui fait débat.
 Superman est psychologiquement diminué par tous les événements survenus dans BVS. Ses points faibles connus (Lois et sa mère) lui ont été jeté en pleine figure par Lex Luthor, et comme si ça ne suffisait pas, Batman use enfin de la Kryptonite pour le mettre à genoux. Sup est donc dans une position tellement inconfortable qu’il perd le combat contre un humain rusé et qui a porté toute sa rage contre le pauvre Kryptonien.

Moment très équivoque, Batman semble presque sous l’emprise d’une drogue, les yeux révulsés, il est dans un état totalement second lorsqu’il entend le nom de sa mère de la bouche de Superman. Batman est devenu le monstre à ce moment précis, et Superman l’humain. 
Soulignons dès lors le rôle majeur de Lois (contrairement à tout ce qu’on peut lire un peu partout). Celle-ci est la véritable raison de l’alliance Batman et Superman. En effet, Martha n’est qu’un déclencheur mais en aucun cas la solution, c’est là que beaucoup de spectateurs ont perdu le fil. Bruce est emprunt à la folie du combat, Martha résonne à ses oreilles comme le brûlant répondant de ses pires cauchemars, un prénom gravé dans des lettres de sang qui hante ses rêves et torture son esprit depuis de longues années. Rien d’étonnant qu’il veuille en savoir plus. C’est le lien commun des deux personnages, leur point faible à tous les deux. Bruce ne tue pas Superman à ce moment là, mais il ne compte pas le laisser vivre non plus, il n’a toujours pas posé sa lance.

Batman lâche son arme lorsqu’il voit une puissante humanité en celui qu’il considérait comme une simple menace alien. Bruce voit que Superman a une petite amie qui l’aime et qui se jette sur lui pour le protéger comme un bouclier, et qu’il a une mère qu’il souhaite préserver. Bruce se rend alors compte qu’il est sur le point de tuer un humain plus qu’un monstre de l’espace.

C’est à ce moment précis que Bruce commence à retrouver foi en l’humanité après 20 ans d’errance et de violence. Je n’irai pas plus loin sur le sujet du Batman tueur car ce sera l’objet d’un second dossier, mais voilà, Batman trouve la rédemption devant l’Espoir (le blase de Superman, oui, putain). Certains l’ont vu comme un gros facho. Pourquoi pas, mais faut aussi tenir compte de son background dramatique et du fait qu’il comprenne enfin son erreur, et prône finalement un message fort de tolérance. Son discours à la fin du film prouve bien qu’il n’est plus le même homme après sa rencontre avec Big S, il se résigne même à marquer Lex au fer.

Alors ouais, les memes Facebook sur Martha c’est trop lol, mais c’est loin d’être aussi simple. Batman laisse vivre Superman grâce à l’humanité qu’il dégage à travers Lois, et pas parce que la mère de ce type porte le même nom. Voilà enfin un film qui apporte un peu d’espoir à Bruce, qui le guéri de ses névroses à travers le personnage de Superman et de ce qu’il représente, à travers l’humanité puissante qu’il dégage, alors que pendant plus de 20 ans la seule thérapie qu’on nous proposait était juste des suites qui effaçaient toute la frustration du perso.

Pour une fois qu’on a un truc bien traité on lui chie dessus, alors merci à tous les détracteurs de contribuer à la perdition des valeurs et du cinéma. Grâce à vous on aura peut-être des films moins symboliques et plus rigolos dans le futur. J’ai hâte de voir Superman sortir du métro avec une petite blague qui fait bien (pour ceux qui comprendront la référence) en plein combat contre Darkseid…

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3 Comments

  1. morgan et son ciné April 14, 2016
    Répondre

    Bien Joué ! Une bonne manière de faire taire les crétins qui font « olala ta maman s’appelle comme la mienne on est copain » car même si c’est rapide, un spectateur qui n’a pas besoin d’être pris pas la main comprend tout ce que cela implique ! Et en effet, moi non plus je ne me rappelle pas avoir lu un comics où on avait utilisé l’homonyme des mères, et c’est là que j’ai crié aux génies car même certains lecteurs n’avaient jamais fait le rapprochement (ce qui n’est pas mon cas ahah). Du coup toute une symbolique se dégage en une phrase et c’est juste énorme ! J’étais choqué de voir ça sur grand écran alors quad j’ai vu que tout le monde pigeait rien et tournait ça au ridicule ça m’a vite énervé !

  2. Beerus April 14, 2016
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    Batman V Superman est cent fois supérieur aux Batman de Nolan que tout le monde portent sur un piedestal (toujours trouvé ça surestimé et chiant).

  3. BadJoke April 15, 2016
    Répondre

    Excellent article !!
    Mais pour la scène du tribunal c’est Lex qui fait sauter le fauteuil qu’il avait offert à l’employé de Wayne. Et c’est Lex qui a envoyé les lettres à Bruce.

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