Batman V Superman : chronique d’un échec annoncé

Batman V Superman : chronique d’un échec annoncé

Soit on meurt en héros, soit on vit assez longtemps pour se voir endosser le rôle du méchant – Harvey Dent, The Dark Knight

On se souvient de Zack Snyder à la San Diego Comic Con de l’été 2013, lisant un passage marquant et culte du DARK KNIGHT RETURNS de Frank Miller devant l’audience, annonçant alors la mise en chantier d’un film Batman VS Superman, inspiré de Frank Miller, devant une foule en délire s’extasiant devant un premier Logo BvS. La classe !

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Ce film s’annonçait sincère et ambitieux. Contrairement à ce qu’on peut lire sur certains sites, Zack Snyder est un connaisseur de comics, ayant déjà adapté presque case pour case le comic-book 300 du même Frank Miller. Il a également à son crédit une adaptation assez fidèle du non moins culte WATCHMEN d’Alan Moore, dont la version Ultimate Cut est une pure réussite. Peut-on alors vraiment mettre en doute la volonté de Snyder de rendre à nouveau hommage à un chef d’œuvre des comics de Miller ? Que l’on aime ou non son style, peut-on croire qu’il soit devenu un naze ne respectant rien des comics, des héros et de leur lectorat ?

L’annonce de Ben Affleck pour camper le rôle d’un Batman plus mûr et expérimenté, est venue entre temps s’attirer les foudres des « fans », se souvenant d’un Ben Affleck époque 2004 dans le malheureux Daredevil. Depuis, Affleck a pourtant bien mûri et s’est intéressé à la réalisation de films, tels que Gone Baby Gone, The Town, ou dernièrement le très réussi Argo. Autant dire qu’un Bruce Wayne jeune playboy qui en a chié pour devenir un Batman d’âge mur et plein d’amertume, c’est un rôle qui semblait taillé pour Ben Affleck. Sans oublier qu’il a le menton parfait, c’est important. Mais encore une fois, ça râle du côté des fans sans même laisser sa chance au produit. Heath Ledger doit encore en rire dans sa tombe.

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Avant l’entrée en production de BvS, on était encore sur une ligne claire du côté de DC : partir sur l’empreinte laissée par Christopher Nolan sur la trilogie THE DARK KNIGHT, encore assez présente dans le ton et l’image du MAN OF STEEL de Snyder. On a envie chez DC de faire des films assez adultes et mâtures. On a envie de faire confiance à des réalisateurs-auteurs, comme le montre l’intention d’aller proposer à James Wan la réalisation du futur AQUAMAN. On a clairement une rupture avec Marvel, chez qui l’on va préférer choisir comme réalisateurs des « Yes Men » pour garder tout le contrôle de leur films, même si on a fait confiance à Joss Whedon pour mener le navire au départ vers les bons courants, ou qu’on se permet quelques choix plus audacieux : faire un film d’ANT-MAN par Edgar Wright (bon… on connaît la fin de l’histoire), ou confier à James Gunn LES GARDIENS DE LA GALAXIE pour le laisser faire ce qu’il veut. Marvel maîtrise parfaitement la gestion de son avancée, entre gros succès assurés et petites prises de risque, pour ne pas lasser l’audience.

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Côté Warner, d’un coup d’un seul, les plans semblent avoir changé. A-t-on peur de se priver d’une grosse partie du public en conservant des choix artistiques plus matures, et quelque part plus « élitistes » ?

On peut remarquer ce changement radical à travers la communication de SUICIDE SQUAD : passant d’un premier trailer très sombre dévoilée à la Comic Con en juillet 2015, vers un second trailer tout en musique très « GARDIENS DE LA GALAXIE » version DC avec cette Suicide Squad qui prend des allures de DEADPOOL dans son côté trash et irrévérencieux.

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Dans le même temps la sortie du film Batman V Superman a été repoussée de plusieurs mois, on sait que beaucoup de nouvelles scènes ont été tournées ou retournées, sans doute notamment pour introduire les membres de la Justice League, mais également pour le reste du film, les acteurs ayant été conservés sur le plateau plusieurs semaines supplémentaires.

Ce retournement de veste se ressent dans le film Batman V Superman qui part dans plusieurs directions et plusieurs intrigues, sans finalement trop savoir quoi en retenir pour le spectateur.

Il est clair que le rendu du long-métrage de Zack Snyder est on ne peut plus bancal, difficile à défendre tant les défauts du film sont criants, et ses incohérences dûes à un montage à la machette nous sautent au visage. DC et Warner ont cédé avec un peu trop de facilité à l’ouverture d’un univers étendu amenant vers la Justice League, en épousant le modèle Marvel qui a si bien fonctionné envers le public.

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Or, chez Warner, c’est un mariage forcé. Là où Marvel a pris son temps, développant une phase 1 sur quatre ans menant au premier film THE AVENGERS, puis une phase 2 avec en point d’orgue AGE OF ULTRON et maintenant une phase 3 nous menant jusqu’à des aventures cosmiques pleines d’ambition, DC a démarré très timidement avec un MAN OF STEEL bien peu ancré vers un univers étendu (se limitant à quelques références pour un public connaisseur) pour aujourd’hui sauter dans la flaque des deux pieds avec BATMAN V SUPERMAN, tentant de faire en 2h30 ce que Marvel a mis 4 ans à construire, et continue de développer soigneusement huit ans après le premier IRON MAN.

Peut-on alors vraiment en vouloir à Zack Snyder ? Il a quand même réussi à nous offrir de magnifiques séquences, un affrontement de toute beauté, une Wonder Woman réussie bien que très brièvement introduite elle aussi. On peut regretter que ce combat entre Superman et un Batman en armure ait été quasi-entièrement montré dans les trailers, ce qui enlève tout de son impact au cinéma. On peut toutefois se mettre sous la dent un combat dantesque contre Doomsday, une superbe séquence onirique sur ce qui semble présenter Apokolips et Darkseid, ou quelques séquences stylisées très jeu-vidéos « Arkhamiens » de Batman.

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Alors oui, on en retiendra un enchaînement de belles scènes façon Snyder qui se succèdent terriblement mal les unes aux autres. Oui, on vous amène tel quel sur clé USB les futurs membres de la Justice League. Oui, d’un coup Batman considère Superman comme son pote parce que leurs mères s’appellent pareil. Oui, oui, et oui…

Mais comment pouvait-on espérer que tout tienne la route avec toutes les réécritures que le scénario a subi, et tout ce que Snyder s’est vu obligé d’intégrer dans son film ?

On peut essayer de se consoler dans l’attente d’une version director’s cut classé R, plus violente et surtout plus longue de plus d’une demie-heure. Les versions director’s cut de Zack Snyder sont toujours meilleures, comme le montrent ses DAWN OF THE DEAD, WATCHMEN ou SUCKER PUNCH.

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Si une version plus longue et mieux montée ici pourrait rendre un film mieux ficelé, plus cohérent et plus fluide, il ne faut évidemment pas rêver à ce qu’il en devienne une totale réussite. Cependant ce film est l’échec d’un  studio, et certainement pas dû à un manque de talent de son réalisateur, qui n’a fait que subir les changements de cap et les hésitations de la Warner. Le pauvre Zack Snyder a les épaules bien larges… et hérite du statut de bouc émissaire pour la faute de bureaucrates d’un studio Warner trop longtemps indécis et qui s’est précipité pour rattraper le temps perdu.

Mais maintenant qu’on peut considérer l’univers comme posé, il n’est pas interdit de rêver à un futur meilleur et à des films solo intéressants qui viendront resserrer les liens puis développer correctement cet univers DC sur grand écran. Un univers qui a d’infinies possibilités, même s’il est en crise … Mais chez DC la crise on connaît, comme le savent les lecteurs de comics. Et l’univers DC en ressort bien souvent grandi !  

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